GRÉGOIRE CABANNE, portrait d'un auteur


Le temps des inventeurs revient. Pas d’allusion à ces médicastres à chapeau pointu, hargne virale et cerveau plat, qui polluent de leur mauvais français de scientifiques étrangement réfractaires à la moindre correction grammaticale – leur rigueur ne s’étend pas jusque là – l’époque qui se meurt, comme les dernières vaguelettes d’une vieille marée montante.

Grégoire Cabanne est un chercheur, un obstiné, un maniaque, un alchimiste, un post-déconstructeur – presqu’un bâtisseur ? – que ses lecteurs, ses adeptes peut-être, portent aux nues, comme il y en eût, jadis pour Queneau ou Desnos ou Tzara.

C’est peut-être, d’abord, un classique de l’après.

Mais, essentiellement, un poète.

C’est-à-dire un homme qui prend feu comme on prend sa douche.

« Michel , Leïla » (Editions M.F.) est une narration pronominale, une antépiphore, un roman de définition des finitions, un voyage aux frontières jamais définies, aux grandes étendues contenues par le geste d’un mot qui porte des gants, mélopée d’une beauté pure et musicale, une interprétation essoufflée, l’histoire d’un amour qui bat aux tempes comme les mots sur la marge. Tout est dit, rien n’est expliqué : mi-je, mi-elle, elle, il la…

On ne peut se défaire de ce bruit léger sur des rails, du passage de la soudure, de la vitesse entrainante de ce rythme : c’est une magie verbale.

Plus récent encore, « Pronom-bre(s) », toujours chez M.F., est une nouvelle expérience de juxtaposition, au moyen du tercet pronominal, une langue inventée, dérobée à la musique, d’une drôlerie féroce, informative du rien, calculatrice folle des probabilités irréconciliables, crécelle à beaux preux, grillon qui s’étouffe de la beauté de son bruit, imité par tant d’autres. Le poète s’y livre en cachette, obscène de précision et de fureur masturbatoire.

On pourra regretter ces lourdes post-faces universitaires, où l’on tâche d’expliquer les rouages de la machinerie : une kinésithérapie de je-nous…khâgneux ! Une préface – qui les lit ? – eût mieux convenu.

Mais Grégoire Cabanne n’est vraiment pas n’importe qui.

Il sort d’une faille, il est faille et fusion. C’est un poète.

Il écrit comme personne. Sa phrase devient une cicatrice de son corps. Et sans l’ombre d’un lyrisme !


CLM

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