COMME IL VOUS PLAIRA, de Shakespeare


Représenter et non pas illustrer. Appréhender Shakespeare comme le pied d’une montagne. S’élever en montgolfière tout autour de la roche et, une fois, au sommet, essayer l’écho. Le tour est joué. Le tout est à jouer.


Shakespeare… Et « Comme il vous plaira », comédie de masques et de péril. Deux cousines, Célia et Rosalinde, sont les filles de deux frères ennemis, l’un est duc, l’autre exilé. Quand Rosalinde s’éprend d’un beau chevalier du camp proscrit, Orlando, la foudre s’abat sur elle. Il lui faut gagner la forêt, suivie par la fidèle Célia, qui brave son père. Pour éprouver le cœur d’Orlando, Rosalinde se travestit en homme. Bouffons, soldats, poètes du geste traversent les bois.


L’initiation atteint son but : la mise à nu du jeune homme en armure.


Œuvre belle et poétique, « Comme il vous plaira » ne peut être mise en scène par des gens distraits, désinvoltes ou figés devant le mythe. Un homme, élevé sur les tréteaux branlants de « La » Mnouchkine, pouvait relever le défi : intimer la beauté, allumer la violence. Christophe Rauck a installé une forêt, disposé des animaux empaillés et poussé « de force » des comédiens comme expulsés de la nuit, jaillissant des coulisses, embrasés et disant exactement ce qu’il faut pour ne pas mourir ou s’éteindre. Les lumières d’Olivier Oudiou, projetées d’un autre monde, révèlent, caressent, étreignent. Les sortilèges, comme la fumée, passent de la scène au public. Au fond, la forêt ? Mais tout de nous devient scène et l’on s’appuie presque sur ces arbres pour regarder la suite. Ainsi faut-il aimer, ainsi, quand tout est compromis…


Avec une traduction subtile, sans les excès d’une modernité immédiate, signée Jean-Michel Déprats, la distribution voulue par Christophe Rauck se révèle judicieuse : Admirable Pierre-François Garel, émouvant de pureté et de force, drôlerie d’Alain Trétout, désopilant bouffon, démesure, démence sylvestre des deux cousines, Cécile Garcia-Fogel et Maud Le Grévellec, costumées en folles des bois ou chaperon rouge de Zad, sans oublier Jean-François Lombard ou Luanda Siquera, qui chantent et jouent divinement, ni John Arnold, Jean-Claude Durand, Pierre-Félix Gravière et Mahmoud Saïd, tous excellents. Aurélie Thomas, à la scénographie, Leslie Six, à la dramaturgie, participent de la réussite du spectacle.


Un Shakespeare ni « dépoussiéré », ni « revisité » (des mots du XXème siècle) mais servi et donné, tel un acte d’amour.


Christian-Luc Morel


Théâtre 71, 3, place du 11-Novembre, Malakoff, M° Malakoff-Plateau de Vanves. Location : 01 55 48 91 00. Actuellement. Et en tournée.


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