POUSSIERE, de Lars Noren


Un auteur contemporain, et de la lignée d’Ibsen ou Strindberg, donne sa vision crépusculaire du monde, et c’est à la Comédie-Française.


Sur les bords de la Méditerranée, dans un complexe hôtelier d’Andalousie ou d’Algarve, un échantillon de « touristes », habitués des lieux, observe la mer, en disant des riens. Il y a les couples qui ne se supportent plus, les veufs, les veuves, les fausses vieilles filles, les passagers de leur vie, les anormaux. Tous n’attendent plus rien de l’existence qu’un passage sans douleur, une molle sédation, la coupure, par usure, des derniers fils qui les retiennent à ce monde-ci.


Personne n’écoute personne et tout portable qui sonnerait l’emporterait sur le vivant qui parle en vrai. Les mots se superposent, les douleurs se chatouillent, la mort a déjà pris ses aises dans ces corps et ces âmes qui ne luttent plus. On a peur d’avoir une opinion, on guette le prochain qui tombera. C’est aujourd’hui, la nuit.


Texte brut et partition précises, « Poussière » bouscule et s’amuse à agacer l’œil comme une loupe dans le soleil. Les répliques cinglent, les ennuyeux s’enfoncent, les méchants se mettent à nu, les rêveurs brusqués s’affolent dans leur sommeil. L’auteur a signé la mise en scène, jeu de chaises et de faux départs impossibles. La scénographie de Gilles Taschet, habile, soutenue par les superbes lumières de Bertrand Couderc, concourt à la révélation du texte.


Quant à la troupe, quel autre théâtre, aujourd’hui, pourrait proposer un plateau de ce niveau ? Que les nostalgiques ouvrent les yeux…


Didier Sandre communiant avec Anne Kessler dans un même sentiment de classe, savoureuse rencontre, Danièle Lebrun en méchante dynamique style « choisisseuse de menu pour le groupe », Bruno Raffaeli en routier grossier caresseur de fillettes, le couple Hervé Pierre-Dominique Blanc, parlant des longueurs de l’amour et hurlant du frottement épidermique, Christian Gonon, en séducteur las, Alain Lenglet, formidable en pasteur ennuyeux qui s’endort lui-même pour rêver à des culbutes inoubliables, Françoise Gillard, épatante en arriérée heureuse, Martine Chavallier, en souteneuse du néant ou Gilles David, l’abandonné inconsolable, sans oublier Juliette Damy, mendiante-animatrice, irrésistible, ni Alexandre Schorderet, sorti d’un poème de Verlaine, ou encore Matthieu Astre et Romain Goupil.


De l’humanité rude, des visages de passage, du théâtre diablement vivant d’aujourd’hui.


Christian-Luc Morel


Comédie-Française, 1, place Colette, Paris Ier, M° Palais-Royal, Location : 01 44 58 15 15. En alternance. Jusqu’au 16 juin.

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