MICHEL-ANGE & LES FESSES DE DIEU, de Jean-Philippe NOEL


Quand un projet théâtral aborde la démesure - comme la réalisation des fresques de la Chapelle Sixtine - point d’étonnement à ce que les difficultés, le doute, les lâchages jalonnent la longue route entre la table d’écriture et la salle au public conquis.


Jean-Philippe Noël, l’auteur comblé, a relevé tous les défis, accompagné par l’opiniâtreté du metteur en scène, Jean-Paul Bordes, pour offrir ce moment d’Histoire et de passion.


Et surgit le Théâtre 14, qui a pour tradition de représenter des textes, contre vents communs et marées sans écume.


Michel-Ange, sculpteur du marbre, est chargé par le Saint-Père, Jules II, de représenter la Genèse, de la création à la chute. Il devra peindre, seul, de par son exigence, surveillé par un mécène qui a perçu que cette œuvre magistrale remplirait le vide de son règne.


Flanqué d’un valet lourdaud, le génial Florentin usera sa santé, ses yeux, sa vie pour se hisser à la perfection. Les protagonistes peuvent mourir. L’œuvre vivra.


Le texte de Jean-Philippe Noël, avec à-propos, vulgarise noblement cette page d’Histoire, offrant aux comédiens des « morceaux de bravoure » et des répliques savoureuses, faits pour les hameçonner. Et quels comédiens ! Jean-Paul Bordes, qui signe également la mise en scène, digne d’un opéra, majestueuse et intime à la fois, incarne avec douleur et drôlerie, ce Michel-Ange accablé par son projet et certain de son génie. On ne dira jamais assez qu’il est des plus grands comédiens de sa génération, juste, émouvant, impressionnant de précision. A ses côtés, Jean-Paul Comart est Mattéo, le souffre-douleur, valet et tâcheron, patelin et non-artiste à souhait, le brave homme étourdi par la hauteur, excellent. Le jeune modèle qui prête sa plastique, c’est César Dabonneville, à la belle présence.


Et puis il y a le pape, et l’immense plaisir de jouir d’un « monstre », François Siener, formidable de sauvagerie et de rouerie mêlées, comédien rugissant, fauve blessé aux regards de sang, qui invente un Jules II incandescent, cynique, terrifié devant la mort et le jugement posthume. Il illumine la pièce de sa présence et de sa flamme intérieure.


Ainsi voit-on vivre, en vrai, un mythe de l’Art, avec des êtres de chair qui saignent de mots. Cela s’appelle le Théâtre.


Christian-Luc Morel


Théâtre 14, 20, avenue Marc-Sangnier, Paris XIVème, M° Porte de Vanves. Location : 01 45 45 49 77. Tous les jours, sauf dimanche. Horaires à la carte : lundi, 19h00. Mardi à vendredi inclus, 20h45, matinée le samedi à 16h00. Jusqu’au 24 février.

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