HAUTE SURVEILLANCE de Jean Genet


On rentre dans le vrai Panthéon en perdant son prénom. Ainsi Shakespeare ou Pirandello. Quant à Molière, il n’en a jamais eu. Genet, le chantre de l’amour viril, l’éborgneur tendre, le briseur de nuques à mains nues, l’enfant violé, le poète absolu, le catholique si peu catholique, irradie la littérature et le Théâtre français et passe au Français en traversant sa maison.


En prison. Entre hommes. Sans idéal, sentiment distingué ou grimaces. Le mur brut où se cognent les fronts. « Yeux verts », le condamné à mort règne, par sa virilité et son animal ascendant sur ses compagnons de paillasse, Maurice, éphèbe ivre d’amour et Lefranc, l’ « écrivain public », celui qui rédige les lettres d’amour de leur héros. Tous deux convoitent la bientôt veuve, espérant y retrouver l’empreinte intime de « Yeux verts ». Bien loin de ces feulements, « Yeux verts » méprise, et ces hommes, et la guillotine, et tout l’ordre absurde d’une société qui l’a condamné dès la naissance. Il les enseigne encore, les domine, les chauffe à blanc. Peut-être pour ne pas partir seul.


La mise en scène de Cédric Gourmelon restitue, sans fioritures, l’univers intensément masculin de Genet, avec une efficacité imparable. La troupe, composée de Sébastien Pouderoux, magistral, christ qui a mal tourné, avec ses apôtres énamourés, Christophe Montenez, bouleversant de fragilité et d’audace, Jérémy Lopez, inquiétant, homme encagé, et Pierre-Louis Calixte, terrifiant gardien, offre ce qu’elle a de meilleur. Tout se joue ici, désormais. Au propre et au figuré.


Un vrai soufflet de vraie vie et de poésie brutale.


CL Morel


Comédie-Française, Studio-Théâtre, Carrousel du Louvre, 99, rue de Rivoli, Paris Ier. Location : 01 44 58 15 15. Tous les soirs à 18h30, sauf lundi et mardi. Jusqu’au 29 octobre 2017.

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